Enrichissement inanimé (photos 93-108)

 L'enrichissement inanimé augmente la complexité de l'environnement de la cage, favorisant l'expression de comportements "positifs."

"L'apport de jouets peut sembler une solution évidente et simple d'enrichissement environnemental chez les primates captifs, bien que de toute évidence aucun jouet inanimé ne puisse être comparé à la présence d'un congénère compatible [Dean, 1999]. Les macaques – tout comme les enfants humains – sont intelligents et se lassent vite de la plupart des jouets commerciaux. "L'intérêt n'est suscité que pendant un ou deux jours au plus, il ne faut utiliser un objet que périodiquement, ayant recours à une variété constante pour que les animaux ne perdent pas l'intérêt." [Dean, 1999; cf. Ross & Everitt, 1988; Crockett et al., 1989, 1998; Hamilton, 1991; Line et al., 1991; Weick et al., 1991; Bartecki, 1993; Cardinal & Kent, 1998; Morgan et al., 1998]. Il va de soi qu'un jouet devient plus intéressant et éveille d'avantage la curiosité lorsqu'il est partagé avec un compagnon [cf. Novak et al., 1993].

 

Photos 93* & 94*: À l'inverse de la plupart des jouets commerciaux, les branches sèches d'arbres à feuilles caduques coupées en segments, les "bâtons à ronger," ne perdent pas leur nouveauté, puisqu'elles changent constamment de forme et de texture dû à l'usure constante et à l'asséchement progressif [Champoux et al., 1987; cf. photo 94].

Dans une étude, des bâtons à ronger furent introduits pendant 18 mois chez 60 macaques rhésus appariés. Les individus se servirent du bâton en moyenne 5% du temps [cf. Line & Morgan, 1991], les juveniles plus que les adultes [Reinhardt, 1990b].

Les animaux se servent des bâtons pour manipuler (photo 93), pour ronger (photo 94), pour mordiller, mâcher, serrer dans leurs bras, jouer et pour se percher. L'utilisation à long-terme de bâtons par plusieurs centaines de macaques rhésus n'a pas nuit à la santé de ces animaux. [Reinhardt, 1997a; cf. Line & Morgan, 1991].


 
Photo 95*: Les bâtons ont une longueur de 12-30 cm et un diamètre de 2-6 cm, en fonction de la taille de l'animal. Les bâtons, coupés de branches du chêne rouge, Quercus rubra, séchées au soleil, sont particulièrement efficaces car ils s'usent peu à peu en copeaux si petits que même de grandes quantités peuvent passer à travers les bouches d'évacuation sans les engorger [Reinhardt, 1992e]. Après 1-6 mois, ils deviennent si petits qu'ils doivent être renouvelés [Reinhardt, 1997].



 

Photo 96*: Les macaques à queue courte, M. arctoides, profitent aussi de bâtons à ronger qui "non seulement leur procurent une distraction [6% du temps en moyenne] mais aussi sont sains pour les dents" [Reinhardt, 1990].




Photo 97*: Les miroirs, comme les jouets, ne suscitent pas beaucoup d'intérêt chez les macaques rhésus élevés individuellement, et ces derniers tendent à s'en lasser très vite [Kaplan & Lobao, 1991; O'Neill et al., 1997; Goode et al., 1998]. D'autres espèces, telles que les macaques cynomolgus, M. fascicularis, (comme dans la photo par Richard Lynch, Astra Zenca), et les macaques à queue de cochon, M. nemestrina, semblent montrer des réactions de curiosité plus soutenues envers les miroirs [O'Neill et al., 1997].

L'utilisation d'objets d'enrichissement diminue avec le temps. Ce problème peut être résolu en faisant passer les animaux par une cage de récréation bien structurée et plus grande que la cage standard familière, ou par une salle spécialement conçue pour le jeu. L'utilité de cette technique a été démontrée chez les macaques cynomolgus (M. fasciluaris, Bryant et al., 1988; Gilbert & Wrenshall, 1989; Lynch & Baker, 1998), les macaques à queue courte (M. arctoides, Blackmore, 1989) et les macaques japonais (M. fuscata, Tustin et al., 1996).

D'après le peu d'études disponibles il ne semble pas que la télévision our la musique de radio soient des sources valables d'enrichissement pour les macaques rhésus en cage [Line et al., 1990c; Kaplan & Lobao, 1991; Harris et al.,1999]; toutefois, on a montré que les macaques rhésus peuvent être initiés à des tâches de video controllées par un ordinateur d'une façon enrichissante [Washburn & Rumbaugh, 1992].


 

 

Photos 98 & 99*: Un perchoir est plus important qu'un jouet, un bâton, un miroir ou une télévision pour les macaques en cage. Les animaux ne sont plus restreints à une vie terrestre, à laquelle il ne sont pas adaptés biologiquement. Un perchoir leur ouvre la dimension verticale, et par ce fait augmente l'espace de cage utilisable et favorise les activités arboricoles typiques de l'espèce, que sont grimper, sauter, se balancer, bondir, se percher et observer (Photo 98). Il sert d'appui pour l'exercice physique et a donc une valeur thérapeutique pour les animaux souffrant de paralysie de cage [observation non publiée de l'auteur] . Le perchoir permet aussi des réactions de fuite verticales typiques de l'espèce dans les situations alarmantes [Lindburg, 1971; Chopra et al., 1992] et pour s'abriter au sec pendant le nettoyage de cage quotidien (photo 99).

Pour les macaques l'accès à des endroits élevés, "en sûreté" est primordial pour survivre. Cela explique pourquoi les animaux en cage ne perdent jamais l'intérêt en leur perchoir.

Dans une étude, les cages de 25 macaques rhésus mâles adultes furent munies d'un perchoir pendant 12 mois. Les individus passèrent 28% du temps en moyenne sur leur perchoir [Reinhardt, 1989b].

Des perchoirs peu coûteux peuvent être créés de branches d'arbres à feuilles caduques (photo 98) [Reinhardt et al., 1987c] – de préférence de chênes rouges pour éviter l'obstruction des bouches d'évacuation [Reinhardt, 1992e] – ou bien des sections de tuyau en polyvinyl chloride (PVC) (photo 99) [Reinhardt & Smith, 1988]. Le diamètre du perchoir doit être assez grand pour qu'un animal puisse être assis comfortablement pendant de longues periodes.

Les macaques rhésus sont des animaux curieux qui veulent savoir ce qui se passe en dehors de leur cage, et ils ont une nette préférence pour le devant de leur cage plutôt que le milieu ou l'arrière [Reinhardt, 1989c; Woodbeck & Reinhardt, 1991]. Les perchoirs devraient donc toujours être installés de telle façon qu'ils permettent à l'occupant d'être assis par devant (photos 98 & 99); cela favorise sans doute un sentiment de sécurité en donnant à l'animal un contrôle visuel sur l'environnement en dehors de sa cage [cf. van Wagenen, 1950; Niemeyer et al., 1998].

Les balançoires sont moins efficaces que les perchoirs pour enhancer la complexité de l'espace de la cage. Lorsqu'ils ont le choix, les macaques rhésus prefèrent nettement les perchoirs aux balancoires, sans doute parceque les perchoirs, par rapport aux balancoires, sont des structures fixes permettant une posture relaxée plutôt qu'un balancement instable dans leur cage qui est trop petite pour des ajustements précis des mouvements du corps [Kopecky & Reinhardt, 1991; cf. Dexter & Bayne, 1994; Phillippi-Falkenstein, 1998].




 

 
Photos 100 & 101: Lorsqu'ils sont exposés à une branche et à un tuyau de PVC, installés de façon identique et de même taille (photo 100), les macaques rhésus en cage individuelle ne montrent pas de préférence significative mais passent autant de temps sur chaque type de perchoir [Reinhardt, 1990e]. Les branches sont aussi des objets attractifs pour ronger (photo 101), mais cela les rend moins durables, il faut donc les remplacer régulièrement.




 
Photos 102*-104*: Les tuyaux PVC ont l'avantage d'être droit par rapport aux branches. Cela permet de les installer non seulement dans des cages standard mais aussi dans des cages à panneau mobile (photo 102). Le perchoir est supporté par une douille dans la paroi antérieure de la cage (photo 103) et dans une manche en acier inoxydable dans le panneau mobile (photo 104), qui peut être ainsi déplacé sur toute la longueur du perchoir [Reinhardt & Pape, 1991; Reinhardt et al., 1991a].
   

 

Photo 105*: Pour être utile un perchoir doit être installé de telle facon qu'il permette à l'animal d'être assis dessus sur le devant de la cage sans toucher le plafond, mais il doit également être assez haut pour que l'animal puisse utiliser l'espace en dessous le cas échéant (dessin de droite) [Reinhardt & Reinhardt, 1999a].

Un perchoir qui n'est pas placé au bon endroit bloque une partie de la surface minimale au sol de la cage dont l'occupant a besoin (dessins de gauche ou du centre) "pour faire des ajustements posturaux normaux avec une certaine liberté de mouvement" [USDA, 1991].


 

Photo 106: Toutes les espèces de macaques – pas seulement les rhésus – fuient dans des situations alarmantes en utilisant la dimension verticale de leur environnement, et "passent la plupart de la journée dans des locations élevées et se réfugient dans les arbres pour dormir la nuit" [NRC, 1998; cf. Roonwal & Mohnot, 1977; Wheatley, 1980].

Toutes les cages de macaques devraient être munies au moins d'un perchoir qui permet l'(es) occupant(s) – ici un macaque à queue courte – d'être assis bien au dessus du sol de la cage.



Photo 107*: L'enhancement structurel de la dimension verticale est particulièrement important pour les animaux qui sont confinés dans les cages du bas, et donc forcés à vivre un mode de vie terrestre pour lequel il ne sont pas adaptés. Ils sont assis sur leurs perchoirs significativement plus souvent que les animaux des cages du haut [Reinhardt, 1989b; Woodbeck & Reinhardt, 1991; cf. Shimoji et al., 1993], probablement pour se mettre pour un court moment "hors de danger" de la dimension horizontale de la pièce. Mais même avec accès à des perchoirs, les animaux des cages du bas ne peuvent pas se réfugier à un endroit sûr au dessus du prédateur humain qui les capture périodiquement et les assujettit à des situations très dangereuses et des procédures angoissantes. Ils "perçoivent sans doute la présence des humains au dessus d'eux comme particulièrement menaçante." [National Research Council, 1998].

L'environnement de la cage du bas est non seulement susceptible de causer de la détresse chez les macaques, ce qui peut introduire une variable non-controllée dans les données scientifiques [Reinhardt & Reinhardt, 2000b], mais aussi cette obscurité est un environnement inacceptable pour eux [Reinhardt, 1997; Reinhardt & Reinhardt, 1999b].

 

 

 

 

Photos 108 & 109*: Les macaques sont des animaux diurnes. Dans le système traditionnel de cages superposées, cependant, les singes des cages du bas vivent dans l'ombre crépusculaire de celles du haut. La lumière est souvent si mauvaise que le personnel animalier utilise habituellement des lampes éléctriques pour identifier les animaux et s'assurer de leur bien-être [Reinhardt, 1997].

Aucune étude systématique n'a été faite pour évaluer l'impact des cages caverneuses du bas sur le bient-être des occupants. Une étude préliminaire conduite sur un petit nombre de macaques cynomolgus, cependant, indique que les sujets logés dans des cages assez sombres exhibent d'avantage de comportements anormaux et sont plus actifs que les sujets hébergés dans les cages du haut significativement plus claires [Schapiro et al., 2000].

L'apport de clarté aux macaques de la rangée du bas, logés avec un éclairage inadéquat pour leur espèce, serait indéniablement une stratégie d'enrichis- sement environnemental effective, favorisant la santé comportementale et le bien-être général des animaux.

La loi fédérale stipule – serait-ce une coïncidence? – que "la lumière doit être diffusée uniformement et donner assez de clarté… pour assurer le bient-être des animaux" [USDA, 1991] Il va sans dire que cela ne peut pas être mis en oeuvre dans le système de cages superposées, où 50% des animaux sont maintenus dans un environnement sombre.

Il est surprenant que la location des cages de singes de laboratoire soit rarement mentionnée dans les articles scientifiques [Reinhardt & Reinhardt, 2000b], bien que l'environnement des animaux logés dans les cages du haut ou du bas diffère nettement tant en terme de clarté que dans le domaine des conditions de vie. Lorsque ces variables sont ignorées, la variabilité des données est susceptible d'augmenter, et donc, le nombre d'animaux expérimentaux nécessaires pour obtenir des résultats statistiques acceptables. On devrait garder à l'esprit que l'arrangement en cages superposables – qui reste le système de cage prévalant pour les macaques [Rosenberg & Kesel, 1994] – fut introduit vers 1950 pour héberger d'urgence des milliers de singes utilisés pour le développement des vaccins. En fait, "les cages d'origine utilisées pour héberger les singes individuellement furent des cages de poules et de dindes modifiées [superposées] construites en grillage galvanisé" [Kelley & Hall, 1995; cf. Stone, 1962]. A l'heure actuelle, les animaux sont coincés dans ce système démodé non par urgence, mais parceque il est moins coûteux de loger le double d'animaux en deux étages au lieu d'un.

L'hébergement des macaques en un seul étage plutôt que deux, dans des cages hautes munies de perchoirs serait un raffinement important des méthodes de gestion et de recherche. Un tel logement (a) permettrait à tous les animaux d'une pièce d'accéder à "la dimension arboricole" de leur enclos et d'avoir un poste d'observation au dessus du prédateur humain, (b) offrirait à tous les animaux de la même pièce l'option de lumière uniforme, et (c) assurerait des conditions plus favorables pour des soins professionels.

  Bibliographie

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