Ma première visite dans un centre de recherche de primatologie fut une expérience choquante pour moi, non seulement en tant que personne saine psychologiquement, mais aussi en tant que chercheur formé à rigoureusement contrôler les variables extérieures qui pourraient biaser les données scientifiques.
Il y avait des centaines d'animaux dans de
toutes petites cages individuelles dénudées avec
rien d'autre à faire que de regarder fixement les murs
tristes et attendre leur tour pour être assujétis
à des procédures terrifiantes. Les cages étaient
superposées en double étage pour accomoder un nombre
maximum d'animaux dans des pièces sans fenêtres.
Ce poème composé par un technicien animalier
travaillant dans un laboratoire de recherche primatologique prestigieux
exprime exactement ce que je ressentais.
On pourrait même comparer cette situation à celles des prisonniers humains dans des camps de concentration.
J'eus bientôt l'occasion de travailler dans un tel laboratoire en tant que vétérinaire et éthologiste pour améliorer les conditions de vie des animaux et la façon dont ils sont traités.
Mes priorités furent: a) de permettre aux animaux d'exprimer activement leur besoin de contact et d' interaction sociale avec au moins un congénère compatible, b) de dresser les animaux à coopérer au lieu de résister pendant les procédures, c) d'encourager le personnel animalier à percevoir un animal comme un être sensible plutôt que comme un instrument de recherche numéroté, d) de rendre la dimention verticale accessible aux animaux, et e) leur permettre de passer du temps à fourrager.
Je suis reconnaissant que le laboratoire me permit de surmonter partiellement l'inertie de la tradition et d'introduire des techniques d'hébergement et de manipulation, qui non seulement allaient à l'encontre des vues conventionnelles, mais les réfutaient même. Cette collection de photos parle de mes préoccupations concernant la façon traditionnelle de loger et manipuler les macaques et de mes succès à developper des alternatives de raffinement. C'est mon désir d'inspirer le personnel animalier, les chercheurs, les vétérinaires, et les administrateurs de colonie de se permettre d'éprouver de la compassion pour les animaux à leur charge et d'avoir le courage de mettre cette compassion en action, pour le bien-être des animaux et pour leur propre bonheur.
Viktor Reinhardt
Mt. Shasta, September 7, 2000
* 4.3 square feet